Enseignement
Cours de salon à Cotonou
Grâce aux Tic, des formations dispensées depuis l'Occident désormais accessibles à faible coût au Centre d'Education à Distance du Bénin
De jeunes gens assis, chacun derrière un moniteur, une souris à portée de main, indifférents au bruit alentour. Le spectacle est courant dans la capitale béninoise, où sont ouverts de nombreux cybercafés. Ce 19 avril, au Centre d'éducation à distance Ced-Bénin, au quartier Gbégamey, onze personnes surfent sur la toile. 27 ordinateurs pentium IV meublent la salle. Le cybercafé baptisé VIP, n'a pas volé son nom: il est destiné à l'élite politico administrative du pays.
Ouvert en mai 2000, le Ced-Bénin n'a pas pour activité principale la navigation sur internet, mais le e-learning ; Elle s'occupe du «renforcement des capacités techniques et professionnelles des décideurs économiques et responsables d'institution, d'Ong de projet, des secteurs public et privé, par des séminaires par vidéoconférence, des séminaires en face-à-face, des débats et des communications diverses», explique Célestin Kwedo Houedokou, l'assistant du directeur du centre. Par le moyen de la vidéoconférence, le Ced-Bénin dispense des formations dans les domaines du management, de la gestion de projets et programmes, des finances, de la communication, de l'emploi, de l'environnement, de l'agriculture et du commerce international…
«A ce jour, plus de 6000 cadres et agents de développement sont passés par cet établissement». La révélation est de Florentine Akuete Hounsinou, spécialiste en Sciences de l'éducation, qui encadre en ce moment le groupe de 70 apprenants en provenance du Burkina Faso, du Sénégal, de la Côte-d 'Ivoire, de la Mauritanie et le Bénin. Dans la salle de vidéoconférence, un formateur apparaît sur un écran géant qui tient lieu de tableau noir. Depuis Dakar, il initie les 70 apprenants aux techniques d'évaluation des projets et programmes. «Le principe est le suivant, explique Florentine Akuete Housinou pendant la pause. Cinq pays reçoivent simultanément ce cours en temps réel. A l'heure de la pause, le cours s'arrête dans les cinq pays. A la reprise les apprenants peuvent poser des questions. Le professeur donne la parole à chaque pays à tour de rôle». Pour éviter les désagréments des coupures de courant, le Ced-Bénin est équipé d'un puissant générateur qui lui assure 40 jours d'autonomie électrique. Le groupe électrogène prend immédiatement la relève en cas de pépin.
Les cours sont simultanément acheminés dans les cinq centres d'enseignement par une bande passante de 500 mégabits louée à 250 dollars l'heure. Le centre nerveux du système est basé aux Etats-Unis. Le Ced-Bénin fait partie du Réseau Mondial d'Education pour le Développement (GDLN). «En Afrique une dizaine de centres membres dudit réseau, qui en compte une soixantaine dans le monde». Explique Célestin Kwedo Houedokou
Ces formations et stages ont des coûts variables, selon leur longueur et leur qualité et le niveau d'étude de l'apprenant. Les offres proviennent de diverses institutions, cabinet de consultation, centres de recherches basées en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. Parmi les fournisseurs de connaissance, Norbert Gohgon, un ancien cadre du Ced-Bénin, cite par exemple le centre Wanad, l'institut de la Banque mondiale et EduFrance. C'est dire la dimension internationale du Ced-Bénin, et la valeur tout autant universelle des enseignements dispensés. «Le centre ne délivre pas de diplômes. Chaque fournisseur certifie ses enseignements par un certificat. On peut obtenir un parchemin de n'importe quelle université membre du Gdln sans bouger du Bénin», ajoute Florentine Akuete Housinou
Là réside justement l'un des atouts du Ced-Bénin. Au Bénin, il n'est plus nécessaire de quitter le pays pour certaine formation de haut niveau. Avant, l'ouverture du centre, les cadres abandonnait souvent époux et enfants pour l'étranger, exposant les familles à l'instabilité. L'Etat béninois et les Pme-pmi quant à eux, consacraient d'énormes ressources au renforcement des capacités des personnels de ses administrations en charge des questions de développement. La Banque mondiale, elle aussi, peut se réjouir d'avoir misé sur le ced-Bénin. Pendant quatre premières années la Banque a financé les activités à coup de centaines de millions. Selon les conclusions d'une évaluation commandée par la Banque en 2004, «le Ced-Bénin est désormais incontournable comme outil de management».
Xavier Luc Deutchoua (Cameroun)